De Napoléon à l’IA : l’ingénieur, clé oubliée de la puissance française
On l’a déjà presque oublié, mais c’est la France - et particulièrement Napoléon - qui a inventé l’ingénieur.
Avant giga N, il y a des savants, des artisans géniaux, des inventeurs.
Mais l’ingénieur, cet être formé par les mathématiques et les sciences, chargé de transformer un monde réel chaotique en système rationnel gouvernable, est le fruit de la Révolution Française et de l’esprit de Napoléon.
Lui-même est un énorme nerd, qui choisit l’artillerie, la discipline la plus technique, et est obsédé par l’idée de doter son empire d’une élite qui mesure, modélise et optimise, transfigure le réel par le calcul.
Il structure le système des grandes écoles, au premier rang desquelles Polytechnique, qui produit cet être inouï, le soldat-ingénieur, tout comme il y avait autrefois des moines soldats, et Normal sup, pour former des professeurs pour former des ingénieurs.
Le système de classe prépa encore en vigueur aujourd’hui écume la France de ses talents scientifiques dès le lycée, puis met les 50 000 meilleurs dans un parcours d’excellence qui les poussera au maximum de leurs capacités et ne gardera que la crème de la crème, pour leur confier de hautes responsabilités.
Leur secret ?
Ils écument la Chine de ses talents scientifiques dès le lycée, puis mettent les 100 000 meilleurs dans un parcours d’excellence qui les poussera au maximum de leurs capacités et ne gardera que la crème de la crème, pour leur confier de hautes responsabilités dans le monde de la tech.
COMME UN GOÛT DE DÉJÀ VU
On ne peut s’empêcher de penser au fait que la France est le seul pays hors États-Unis et Chine à avoir une scène IA qui ne fasse pas pitié, et que cette scène est blindée de... polytechniciens. Au premier rang desquels Arthur Mensch, le fondateur et patron de Mistral.
Ainsi, de la même façon que nous devons à 100% de ne pas être un nain géopolitique en 2026 à une personne morte depuis plus d’un demi-siècle qui nous a doté du feu nucléaire et de la puissance énergétique atomique, le grand Charles, nous devons une bonne partie de ne pas être un nain technologique en 2026 à giga N.
Une rocher dans le jardin de ceux qui pensent que les individus ne font pas l’Histoire.
Alors qu’en réalité un grand fondateur, pour parler comme @SamoBurja peut encore servir son pays des siècles après sa mort.
Mais toute institution se dégrade à mesure que nous nous éloigons de la mort de son fondateur. Et tout comme notre armée et notre système énergétique, notre capacité à former une élite scientifique qui façonne le réel est en danger d’auto-destruction.
Que doit faire la France ?
La France doit redevenir une grande nation scientifique, car à l’âge de l’IA notre prospérité dépend en grande partie de la qualité mais aussi de la quantité des cerveaux formés aux sciences que nous pourrons mobiliser pour la perfectionner et la déployer.
Nous de produisons pas assez de scientifiques en valeur absolue.
Voici la répartition actuelle de nos étudiants :
Lettres et sciences humaines : 508k étudiants (38%)
Économie, droit, politique : 433k (31%)
Sciences : 372k (27%)
Une répartition plus adaptée pour une grande nation scientifique serait :
Sciences : 700k (52%)
Économie, droit, politique : 400k (30%)
Lettres et sciences humaines : 200k étudiants (15%)
Pour mieux comprendre le manque de scientifiques en France, nous pouvons nous comparer à un pays de taille similaire qui a réussi à développer des géants mondiaux comme Samsung : la Corée du Sud. Le nombre de diplômés annuels en ingénierie est de 105k. En Corée du Sud c’est 148k, ce qui rapporté à la population française ferait 242k diplômés.
Si la France ambitionne de rester une nation industrielle, ne serait-ce qu’au niveau de la Corée du sud, elle doit atteindre ces chiffres et donc multiplier par 2,5 ses diplômés en ingénierie.
Nous avons tué notre poule aux œufs d’or, notre excellence mathématique.
Si comme nous l’avons vu, le fait que nous arrivions à jouer dans la cour des grands en IA est dû à l’excellence de notre maîtrise des mathématiques, cette excellence est désormais la lumière rémanente d’une étoile morte.
La désastreuse réforme du bac a fait s’effondrer le nombre de lycéens qui étudient les mathématiques. Et le niveau global est désormais abyssal.
De nombreux directeurs d’écoles d’ingénieurs de premier plan craignent que la génération actuelle d’étudiants soit une des dernières de haut niveau.
Il est urgent de recréer une excellence scientifique, en réintroduisant des programmes ambitieux et exigeants dès le plus jeune âge, de façon généralisée, de tripler le nombre de places en classe prépa, et d’augmenter celles dans les écoles d’ingénieur, afin d’identifier, nourrir et accompagner les très hauts potentiels, qui sont clés dans le nouveau monde de l’IA.
Il y a un côté tragique à ce que notre excellence mathématique séculaire portée par notre propre invention, l’ingénieur, meure au moment même où elle devient une des clés de la domination économique mondiale.
Nous avons voulu abandonner l’ingénieur et le nucléaire au moment même où la Chine en faisait les piliers de sa puissance.
Il est minuit moins une, mais nous avons tout - des bases, une tradition, une expérience, un savoir-faire - pour nous relever.
Avec un peu de vision, tout est encore possible.






Mr Larroumec,
Pourquoi m'avez-vous donc bloqué sur X ? Vous n'aimez pas vous faire challenger ?
Merci pour cette analyse, Soyez rassuré nous allons faire en sorte que les ingénieurs reviennent....